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Département de l'Ain

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 LES MALHEURS DE LOYETTES AU MOYEN-AGE
(paru initialement dans le Bulletin Municipal N°4 de DECEMBRE 1978)

 

S'il est vrai que le bonheur est fait de comparaisons, force est de reconnaître qu'à Loyettes en 1978, on est beaucoup plus heureux que nos aieux du Moyen-Age, quand on découvre ce qu'ils ont souffert. Comme nous allons le voir, la guerre, la famine, la peste venaient tour à tour et souvent en même temps, les accabler.

Après 1355, Loyettes, terre dauphinoise, est une porte ouverte sur le Bugey pour les Dauphinois et une menace constante pour la Savoie. C'est la paix impossible, le triste sort des régions-frontières où, sans cesse, s'affrontent les antagonistes. En fait, notre pays appartient toujours aux moines d'Ambronay "curés primitifs" de Loyettes, mais que peuvent-ils pour secourir et soulager? Absolument rien.
C'est pour cette raison que l'abbé Pierre du Molard devant l'affreuse misère des habitants, finit par céder aux sollicitations du comté Amé VII, dit le Comte Vert. Il lui accorde le château, la seigneurerie avec le port et le passage sur le Rhône en-dessous du château. En échange, le Comte remet aux moines Saint-André sur Suran. Le traité d'échange fut ratifié par Charles d'Alençon, archevèque de Lyon, le 26 mars 1370.

Pendant la période savoyarde, en 1422, survint un grand mal,

"un mal qui répand la terreur...
"...la peste, puisqu'il faut l'appeler par son nom."

La peste fit que, cette année là, la récolte de froment fut quasiment nulle. Cette calamité s'annonçait "par pesanteur et doleur de teste" "grand assoupissement et grande soif". Puis, un ou deux jours après, survenaient, surtout près de la gorge, des tumeurs internes, suivies de crachements de sang. Très vite, elle couvraient tout le corps qui dégageait une insupportable odeur. Rares étaient ceux qui, atteints, échappaient à la mort et ils en conservaient toujours une trace.

A Loyettes, la peste noire fit un tel ravage qu'on ne prenait même plus la peine d'enterrer au cimetière situé autour de l'église; on inhumait dans les jardins avec très peu de terre sur les cadavres; ainsi, l'épidémie avait beau jeu.

La tradition veut que ce soit au cours d'une de ces grandes "mortalités" que la population de Loyettes fit voeu de se rendre, le lundi de Pentecôte, en pélerinage à Notre-Dame de la Balme.

Ce fléau s'attaque aux personnes et voici la guerre qui, de surcroît, anéantit les biens. Nous l'apprenons par les lettres d'office de châtelain que le Duc Louis de Savoie accorde, de Thonon, le 14 juillet 1454, à Pierre Mazuyer. Il est dit en substance, dans leur texte que "quelques individus, ne se souvenant plus de leur salut, avaient surpris le château à une heure suspecte (hora suspecta), et que, deux jours après, grâce à Pierre Mazuyer, la place forte était remise au pouvoir du Duc de Savoie".

En fait, ce Pierre Mazuyer était châtelain de Loyettes depuis le 20 octobre 1453, jour où il reprit le château, à main armée, à Jacques de Seyssel, l'escaladeur nocturne, qui en avait chassé le Bâtard de Villars. Les Villars avaient pourtant une fière devise : "Point de plus, peu de pairs, prou de prises". Les fières devises ne font pas tout.

Par d'autres lettres, le même Louis de Savoie indemnise les habitants de la châtellerie "à cause de la guerre des Dauphinois et du rapt dudit Loyettes, car, pendant la dite guerre, les Dauphinois passaient par cette partie de Bresse (sic). Tous ceux qui l'habitaient ont perdu leurs maisons tombées en ruine, ainsi que les portes, les fenêtres et tout ce qui faisait partie de ces maisons."

Rien d'étonnant à ce que les Dauphinois fussent ajoutés à la liste des calamités par nos aieux qui processionnaient , aux Rogations, psalmodiant "Seigneur, délivre nous de la peste, de la famine, de la guerre, de la grêle et de la gelée.... et des gens du Dauphiné"

Voilà un faible aperçu des temps anciens. Il est bien difficile d'évoquer le passé. Le passé est un mot, c'est-à-dire une chose invisible, immobile, aveugle, sourde et muette qui ne répond jamais à nos questions, qui se voile toujours à notre curiosité et s'enfonce chaque jour, un peu plus, dans la nuit sans fin de l'oubli.
 

 


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